zidan

Monday, August 14, 2006

Zinedine : un prénom qui signifie beauté de la foi ou splendeur de la religion

Dieu et Zidane : le rapprochement peut paraître incongru, et il faudrait peut-être demander aux deux intéressés ce qu'ils en pensent !
A défaut de pouvoir répondre pour Dieu, un détail suggère que, concernant Zidane, le rapprochement n'est peut-être pas si arbitraire. Pendant son enfance et son adolescence, c'est par son deuxième prénom, Yazid, que Zidane est appelé par sa famille et ses copains. Quand il retourne à Marseille, c'est toujours ainsi qu'il est désigné, ou par le diminutif de Yazid, Yaz. Mais depuis quelques années, Zidane est plus connu sous son premier prénom, Zinédine, contracté en Zizou pour les fan ou les publicitaires. Or ce n'est pas seulement dans la Bible que les changements de nom peuvent cacher un certain mystère et on s'est parfois interrogé sur ce passage de Yazid à Zinedine.
Répondons tout simplement que Zinedine se traduit en français par beauté de la foi ou par splendeur de la religion. Pour les acharnés de Veritatis splendor que nous sommes tous ici ce soir, il y a peut-être un intérêt à regarder aussi du côté de la splendeur de la foi...
Je voudrais aborder deux points, seul le premier sera un peu développé pour rester dans les dix minutes demandées ! Tout d'abord, le symbole social qu'est devenu Zidane. Ensuite, comment ce symbole donne une certaine figure au rapport entre Dieu et la religion. Pour conclure, je voudrais tirer de sa manière de jouer une sorte parabole.
Zinedine Zidane, tout d'abord un symbole social
Au soir d'un mémorable 12 juillet 1998, le sacre des Bleus s'exprime avec une image-choc qui fera vite le tour de la planète : sur l'Arc de Triomphe, au sommet des Champs Elysées, la photo de Zizou soulignait un message qui clignotait avec insistance : "Zidane président". Ce transfert symbolique reste toujours significatif.
Ce transfert exprime une double reconnaissance : les Français reconnaissent leur champion et se reconnaissent eux-mêmes. Ils disent à Zidane la joie de l'image positive qu'il leur renvoie d'eux-mêmes, et la France entre dans un étrange état de grâce comparable à ceux qui suivent une élection présidentielle. Le moral des Français est en ligne ascendante depuis cette époque, comme si la Coupe du monde avait réussi à fédérer des énergies jusque là juxtaposées et à leur faire enfin trouver un point de jonction démultiplicateur.
Or cette reconnaissance fait appel au registre du politique : on aurait pu dire "Zidane champion", ou encore "Zidane vainqueur", "Zidane gagnant". "Zidane leader" aurait même fait beaucoup plus branché. "Zidane président" dit bien que pour s'exprimer, une société a comme registre symbolique fondamental le politique, et la remise de la Légion d'honneur a été comme un ambigu retour d'ascenseur, perçu d'ailleurs avec un certain malaise par les intéressés en général et Zidane en particulier.
Le message est donc assez clair : si le registre politique fonctionne, c'est à contre-emploi, comme si la France se servait de Zidane pour dire indirectement aux politiques à quel point elle ne se reconnaît plus en eux, dans leur dualisme épuisant et leurs compétitions surannées. A travers Zidane, la société civile se donne ses propres symboles en dénaturant ses propres symboles politiques. Il y a longtemps que ce décalage entre société civile et Etat politique a commencé : mais avec la Coupe du monde, ce décalage prend la forme d'une affirmation (voire d'une revanche) ludique et décomplexée de la société civile.
Zidane sert ainsi de révélateur à un problème qui concerne de plus en plus la transmission de la foi. Au long des siècles, l'Eglise a su trouver ses marques à l'intérieur de la société occidentale en privilégiant le rapport au politique et en construisant à l'intérieur de ce rapport des mécanismes efficaces de transmission. N'oublions pas que le premier schéma de Lumen Gentium prétendait explorer la nature de l'Eglise en la mettant en rapport avec l'Etat ; mais déjà les Pères conciliaires avaient eu l'intuition de ce qui devient de plus en plus une évidence, et que le phénomène Zidane fait encore plus apparaître : ce n'est plus directement comme structure politique que notre société se pense elle-même. Il y a de ce fait un éclatement de l'opposition privé/public, et l'émergence de nouveaux pôles de structuration. Nous percevons spontanément cet éclatement comme un danger pour la foi, menacée de rejet dans le domaine du privé et de l'individuel. Mais peut-être sommes nous tout simplement devant une mutation dont nous commençons seulement à découvrir aussi les chances qu'elle ouvre pour dire Dieu.
Zinedine Zidane: Un certain rapport entre Dieu et la religion
Ce déplacement de l'identité profonde de notre société apparaît encore plus nettement avec les réactions de Zidane lorsqu'on l'interroge au sujet de Dieu. Plusieurs fois on lui a demandé s'il pratiquait personnellement la religion de ses parents, si ses enfants étaient ou non rattachés à l'islam. C'est un des rares sujets qui a le don de faire sortir Zidane de son habituelle retenue. Il peut se mettre en colère et protester contre le sans gêne insupportable de telles questions. A ma connaissance, aucun interview n'a réussi à faire dire à Zidane quelles sont ses pratiques religieuses.
Il est d'autant plus étonnant de voir qu'à l'inverse, il n'hésite pas à s'exprimer au sujet de Dieu. Ses réponses tournent habituellement autour de deux aspects :
Ses parents, en particulier son père. Zidane dit que son père ne regarde pas les matchs où il joue, parce qu'il s'isole et prie pour son fils. Pour parler de Dieu, Zidane parle de son propre père. La paternité joue un grand rôle dans la vie de Zidane, qui n'a aucun complexe pour dire tout ce qu'il doit à son père. De même, à la naissance de son premier fils Enzo, le 24 mars 1995, il dit "être père, ça a tout changé dans ma tête, j'ai eu l'impression de devenir quelqu'un d'autre". Entre Dieu et sa propre expérience de la paternité, lui par rapport à son père Saïd, et par rapport à ses enfants Enzo et Luca, le lien se fait directement.
Lorsqu'il marque un but, il dit avoir l'impression de quelque chose de tellement grand, tellement gigantesque que ça le dépasse et qu'il doit y avoir quelque chose de plus grand encore, d'encore plus gigantesque. Aimé Jacquet a-t'il initié Zidane à l'argument ontologique ? Il est en tout cas assez étonnant de voir le lien fait par Zidane entre une expérience de réussite humaine et la présence de Dieu. Il y a certainement un avertissement pour que nous apprenions à parler de Dieu non seulement là où l'homme rencontre l'échec et la souffrance, mais aussi là où il est capable de se dépasser.
Zidane est donc bien le fils de son époque : parler de Dieu, oui, et sans fausse pudeur, comme si c'était naturel et que cela pouvait aller de soi. Mais à l'inverse, se reconnaître membre d'une tradition, pratiquant d'une religion, c'est ressenti comme une sorte de brutalité faite à la conscience. On peut y voir un démarquage face à toute tentative de récupération. A moins que, paradoxalement, le religieux ne relève encore plus de l'intime que l'expression de la foi. Renversement qui caractériserait notre siècle : alors qu'autrefois la pudeur interdisait d'étaler ses expériences spirituelles et commandait au contraire d'afficher haut et fort ses appartenances religieuses, Zidane représente bien la question qui se pose à nous de vivre en communauté chrétienne dans une culture qui tend à retourner ce rapport.
Zinedine Zidane: une leçon en forme de parabole
Je voudrais dire ce qui rend à mes yeux si attachante la manière d'être de Zidane.
Il y a chez lui une capacité tenace à laisser jusqu'au bout sa chance à la chance. Nous avons en mémoire l'amertume de Zidane quittant tête basse le stade de France le 18 juin après le carton rouge mérité par la marque de ses crampons sur les mollets de Fouad Amin, capitaine de l'équipe d'Arabie saoudite. Les jours suivant, pour se redonner du cour, il fredonnait à Clairefontaine : "On ira tous au paradis, qu'on soit béni qu'on soit maudit", et le 13 juillet le repos forcé se transformait en une forme éblouissante.
Autre image : 23 février dernier, contre la Pologne, dans un coup franc qui rebondit contre le mur. Les Polonais se défont aussitôt et très imprudemment. Mais Zidane guette le rebondissement de la balle, prêt à retomber de son côté pour marquer. J'aime beaucoup cette image de Zidane en équilibre instable, laissant jusqu'au bout sa chance au temps. Tant que rien n'est fini, tout est toujours possible.
Peut-être alors pouvons-nous terminer par une sorte de parabole : il en va comme d'un footballeur qui accepte patiemment que chaque minute soit vraiment donnée. Tant que l'arbitre n'a pas sifflé la fin de match, il laisse sa chance à la chance, et s'il y a des échecs, il sait qu'il y a souvent autant de possibilités cachées pour les transformer en coupe de victoire, pour sa joie et celle de tous.

Je dédie ce texte à mon filleul Benoît, ici représenté aux côtés de Zinedine Zidane
Didier Gonneaud

Cet article lumineux à été rédigé il y a quelques années par Didier Gonneaud, un prêtre de Lyon. C'est avec plaisir que je le reproduis ici pour le positionner en tête sur Google et les meilleurs moteurs de recherche avec son aimable et tacite autorisation.
Parce que la vérité en matière de religion, c'est être exceptionnel sans parole. C'est montrer plus que parler. C'est faire et se taire. Zidane lui, a compris la vérité.

posted by nourdine at 2:58 PM

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